Il y a de la promptitude, de la jeunesse, de l’enthousiasme, de la confiance dans ce « volontiers » par lequel une veuve que je connais répond aux mille difficultés qui ne manquent pas de surgir dans sa vie.
Mais, dira-t-on, c’est là un mot qui s’adresse aux personnes, et non pas aux événements aveugles qui viennent, à tort et à travers, compliquer notre existence et déjouer nos projets ? Précisément : un vrai chrétien sait découvrir derrière tout ce qui arrive la main et l’amour de son Dieu. Et c’est pourquoi jaillit de son cœur : Volontiers. Traduisez : « de bon gré », « avec plaisir ».
Volontiers. Mot de foi. Foi en la Providence divine jamais en défaut et à laquelle rien n’échappe. Foi au dévouement paternel du Seigneur dont tout événement, fût-il le plus déroutant, est une manifestation. Certitude que Dieu ne peut rien vouloir que de bon pour ses enfants, qu’Il est assez puissant pour écarter de leur route ce qui leur serait funeste, que sa bonté « ménage le vent à la brebis tondue ». S’il permet l’épreuve, c’est que l’heure est venue pour lui « d’émonder sa vigne afin qu’elle porte davantage de fruit » (Jean XV, 2).
Volontiers. Ce n’est pas la réponse d’un amer consentement ou d’une acceptation de pur devoir. Mais un mot d’amour. Tout semblable à ceux que l’ange Gabriel a recueillis sur les lèvres de la Vierge « Ecce… Fiat… ». Il ouvre le cœur à la présence du Christ. Il traduit le mouvement d’un être qui se donne, qui s’offre pour servir ou pour souffrir.
Mot de courtoisie, par quoi s’exprime la politesse du cœur et la noblesse de l’âme. Ne convient-il pas que les enfants ressemblent à leur Dieu, que Dante nommait « Sire de courtoisie » ?
Mot de force. Ce n’est pas une molle résignation, un refus de la lutte ou une lâche démission devant les difficultés. Ce n’est pas une acceptation du mal, mais la volonté de tirer le bien du mal, de triompher par un surcroît d’amour. Ce n’est pas le découragement de celui qui s’assied au pied de l’obstacle, mais la décision de le surmonter coûte que coûte.
Mot héroïque en bien des circonstances. Héroïsme du visage qui sourit pour ne pas trahir la détresse du cœur. Héroïsme d’une âme qui chante pour ne pas sombrer dans la tristesse. Il faut que la veuve, accaparée déjà par de nombreux enfants, prenne un travail hors de chez elle : Volontiers ! Un petit garçon est malade ; les nuits de la maman sont mauvaises : Volontiers ! Il faut réduire les dépenses pour boucler le budget : Volontiers !…
Mais il n’y a pas seulement, dans la vie des veuves, des heures grises ou noires, des événements douloureux. Pour elles, le soleil brille encore ; des joies fleurissent à leur foyer, des grâces fructifient dans le cœur de leurs enfants. Qu’elles répondent aussi : Volontiers ! Ce n’est peut-être pas inutile de leur rappeler que les joies, comme les peines, doivent être accueillies de bon cœur. N’en voit-on pas qui ont comme désappris d’ouvrir leur fenêtre à la lumière et aux parfums du printemps, de s’émerveiller avec leurs enfants au chant de l’oiseau, devant la parole ou le geste d’une belle amitié ? Pour tous ces dons du Seigneur, il faut également savoir dire merci, Deo gratias. Mais réservons-nous d’en parler une autre fois.
Qu’il me suffise, aujourd’hui, de vous avoir donné ce mot : Volontiers ! Gardez-le en votre cœur. Retrouvez-le au cours de vos journées : plus facilement que de longues méditations, il vous aidera à faire face. Quand les peines, petites ou grandes, se présenteront à vous, devinez derrière elles, la question que par elles le Christ vous adresse : Volontiers ? et que jaillisse votre réponse : Volontiers !

Henri Caffarel, Offertoire n° 4