L’hospitalité chrétienne

Tout ce qui a été dit de l’hospitalité simplement humaine reste valable quand on parle de l’hospitalité chrétienne, mais aux considérations qui précédent il faut en ajouter de toutes nouvelles, qui spécifient cette hospitalité du foyer chrétien.

Ce que j’appellerai la théologie de l’hospitalité chrétienne s’éclaire et se fonde à la lumière de la théologie du mariage. Laissez-moi donc vous rappeler celle-ci en quelques mots. Dans le sacrement de mariage, c’est le couple qui se trouve être partie prenante du mystère du Christ. En effet, tandis que le baptême rattache un individu au Corps mystique pour qu’il vive de la vie même du corps, le sacrement de mariage, lui, rattache la communauté conjugale en tant que telle, l’homme et la femme en tant qu’ils ne font qu’un seul « être », au Corps mystique. Et ceci afin que le couple — et la communauté familiale qui en est la fructification — vive de la vie du Corps et en vive en plénitude. La famille est la seule société humaine qui, en tant que telle, est incorporée au Corps mystique, assumée dans l’ordre de la grâce : une nation, un monastère même ne le sont pas. Il faut donc dire que le couple chrétien est partie constituante du Corps mystique. Ce que Jean XXIII parlant aux Équipes Notre-Dame, en 1959, traduisait en appelant le foyer chrétien une « cellule d’Église », cellule du Corps mystique. L’expression est très forte. En effet, la cellule vit de la vie même du corps. Ainsi, le couple et la famille sont pénétrés, portés, irrigués, sanctifiés par la vie du Corps mystique. C’est pourquoi les Pères de l’Église et les théologiens se plaisent à appeler la famille une « ecclesiuncula », une église en réduction. En elle, le mystère de la grande Église est présent et opérant. Cette vie du Corps mystique circule au foyer, en tous sens, si je puis dire. Elle emprunte, pour se communiquer, toutes les réalités conjugales et familiales, dans la mesure où elles sont vécues selon la loi du Christ : l’amour conjugal, l’amour paternel et l’amour maternel, l’amour filial et l’amour fraternel ; elle est présente aux heures de labeur et aux heures de loisirs ; elle imprègne les pensées, les peines et les joies, toute l’existence ; elle crée un climat de grâce. Les choses elles-mêmes sont comme pénétrées par sa vertu. Aussi bien le foyer chrétien mérite-t-il d’être appelé, comme certains monastères ou hôpitaux du moyen âge, une Maison-Dieu.

Je suis au milieu de vous

Vous avez déjà sûrement compris en m’écoutant ce qui caractérise l’hospitalité chrétienne. C’est précisément d’ouvrir cette cellule d’Église, d’accueillir l’hôte en son sein pour lui offrir non seulement des richesses humaines, mais essentiellement la présence du Christ. Car là où il y a l’Église, ne serait-ce qu’une cellule d’Église, il y a le Christ. Il l’a dit explicitement : « Lorsque deux ou trois vous êtes réunis en mon Nom, Je suis au milieu de vous. » Et, certes, souvent les hôtes ignorent tout de ces réalités spirituelles. Il n’empêche que ce Christ dont ils ne soupçonnent pas la présence au foyer les enveloppe de son amour. L’hôte ne voit pas au-delà des paroles d’amitié qui lui souhaitent la bienvenue, de l’amour de cet homme et de cette femme, de cette vie familiale ; mais, en fait, ces réalités sont comme sacramentalisées et par elles Jésus-Christ, à son insu, lui fait pressentir les réalités divines, et déjà lui communique sa grâce, pour peu qu’il ne s’y refuse pas. Aussi bien, que de fois l’hospitalité chrétienne est-elle pour le visiteur la révélation de la vraie vie chrétienne. Témoin ce que nous écrivait un foyer des Équipes : « Une de nos employées de maison, qui fut un an chez nous, provenait de milieu de chrétienté montagnard, où le passage à la ville signifiait déchristianisation fatale. Elle a appris auprès de nous comment la vie chrétienne peut s’insérer dans le contexte de la grande ville. Elle nous a quittés cheftaine de louveteaux. Son exemple a fait choc dans son village natal. L’autre, provenant de milieu populaire de notre grande ville, inculte sur tous les plans et non pratiquante, est devenue chez nous militante Jociste et responsable d’un groupe qu’elle a formé. Cela supposait chez l’une et chez l’autre une participation complète à la vie familiale : repas à notre table, conversations partagées, etc. … »

Toutes les fois que ce sera possible sans indiscrétion, on accueillera l’hôte au cœur même de la vie du foyer : la prière familiale. Ou du moins on lui proposera d’y participer, lui faisant comprendre que cette enceinte, la plus intime, ne lui est pas interdite. Écoutez ce qu’écrivait un autre foyer des Équipes : « Nous avertissons, avant ou après le repas, que nous allons prier un moment avec nos enfants, laissant nos hôtes libres de rester avec nous ou de nous quitter. Quelques-uns sortent la première fois, puis restent les jours suivants. D’abord spectateurs muets la plupart, au bout de quelques jours, participent à notre prière. Telle jeune fille élevée en milieu païen, après l’étonnement du début, était la première à réclamer ce moment-là. Arné, étudiant suédois protestant, n’ayant que des idées très fausses sur le catholicisme a pendant un mois partagé notre prière et nous posait ensuite un tas de questions sur le catholicisme. La plus difficile prière familiale a été celle que nous avons faite pendant deux mois devant un foyer athée qui restait assis, spectateur muet. Il nous fallait par un sursaut de foi passer sur notre respect humain pour parler comme à l’accoutumée devant ces observateurs de notre colloque avec Dieu. Lorsqu’ils sont partis de chez nous ils ont pleuré et maintenant, de leur pays arabe, continuent de correspondre avec nous. »

Tandis que l’hospitalité orientale traite magnifiquement l’hôte mais le tient volontairement écarté de l’intimité, l’hospitalité chrétienne, elle, ouvre son intimité et c’est là un de ses traits caractéristiques, sans doute le meilleur moyen de faire découvrir à l’hôte le secret de cette hospitalité si bonne à son cœur. Cette maison a une âme et voilà qu’il la surprend vivante et vibrante, cette âme, très spécialement à l’heure de la prière familiale.

Un relais sur la route

Vous comprendrez pourquoi je vous disais, au début, que l’hospitalité est l’apostolat spécifique du foyer chrétien. Pour tant de contemporains, à qui l’idée ne viendrait même pas d’aborder la communauté paroissiale, le clergé, les sacrements, un foyer chrétien est un relais sur la route de la grande Église. Un « sacrement » de l’Église. Et un sacrement si humain : « le visage riant et doux de l’Église », selon l’expression admirable d’un foyer des Équipes. C’est là que le non-croyant prend un premier contact avec l’Église, que le pécheur expérimente sa miséricorde, là que les abandonnés, les mal-aimés, les orphelins, les pauvres, découvrent sa maternité.

Le foyer chrétien est une prédication sans paroles mais étonnamment persuasive. Pas même besoin de parler la même langue : un homme et une femme qui s’aiment, un sourire d’enfant, la paix d’un foyer, mais c’est un langage international que tout homme entend, de quelque pays, de quelque niveau intellectuel qu’il soit. Et comme un fleuve témoigne toujours de la source à laquelle il s’alimente, l’amour humain témoigne de cet amour divin sans lequel il ne serait pas. Par transparence, si je puis dire, l’hôte pressent un autre amour, une autre union conjugale, celle du Christ et de l’Église. Sans doute il ignore que le mariage chrétien, ainsi que l’enseigne la théologie, est l’image de l’intimité du Christ et de l’Église ; n’empêche que quelque chose de cette réalité divine filtre à travers l’amour de cet homme et de cette femme, et dépose dans son cœur comme un mystérieux appel.

Des vérités moins hautes et moins abruptes, mais non moins capitales, lui sont également révélées. Il voit que là où le Christ est présent et honoré sont guéries les grandes réalités humaines dont on pourrait croire qu’elles ont été définitivement corrompues par le péché. Il découvre que cette force sauvage qu’est la sexualité dans notre monde aphrodisiaque est là, comme apprivoisée et sanctifiée. Aussi bien, s’il réfléchit, il vient à penser que ce salut apporté à la petite société familiale par le Christ, celui-ci pourrait aussi bien l’opérer dans la grande société qu’est une nation si elle s’offrait, elle aussi, à sa présence, à sa loi et à sa grâce. « Notre amour, écrivait un foyer, doit proclamer à tous la victoire du Christ sur le mal. »

Pour qualifier une mission apostolique d’une telle importance, un grand mot s’impose : le foyer chrétien exerce une fonction de « médiation » entre l’Église et monde. Médiateur, il est le moyen et le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes.

M’objecterez-vous que je parle du foyer chrétien comme s’il donnait le témoignage de toutes les vertus ? Non pas, je parle tout simplement du foyer de bonne volonté, où l’hôte voit des êtres qui savent se pardonner les uns aux autres, se reconnaître pécheurs et qui en même temps sont sûrs de la miséricorde de leur Dieu. Dans un tel foyer on n’essaie pas d’éblouir l’hôte ; on se contente d’être vrai en sa présence. N’est-ce pas la grande loi du témoignage chrétien ?

Je viens de vous parler de ceux pour qui le foyer chrétien est un relais, une première étape sur la route qui conduit à l’Église, aux sacrements. Mais inversement il faut que le clergé puisse adresser aux foyers chrétiens les êtres fragiles et vulnérables qui pour s’épanouir dans la foi ont besoin d’un enracinement dans cette communauté chrétienne restreinte, si humaine, qu’est une famille. Vos foyers devraient être assez formés pour accueillir l’adulte qui se prépare au baptême, les fiancés avides de découvrir la pensée du Seigneur sur toutes les grandes réalités du mariage et tant d’autres êtres dont la foi, s’ils restent isolés, ne résistera pas à l’ambiance d’indifférence et d’athéisme où ils vivent. « Parce qu’on nous connaît comme foyer chrétien, écrivait un de nos amis, des prêtres, des religieuses nous envoient assez fréquemment des isolés désemparés qui ont besoin du relais que constitue la cellule familiale avant de pouvoir être incorporés dans un ensemble plus vaste, tel que la paroisse. Il s’agit souvent de personnes que la vie a traumatisées. Il leur faut chaleur, présence humaine, un climat de sécurité dans un milieu sain. »

Rivalisez avec l’Église

Sans doute saisissez-vous bien maintenant pourquoi je vous ai présenté la pratique de l’hospitalité chrétienne comme une vraie fonction d’Église ? Si l’on considère les origines de cette hospitalité, on le comprend mieux encore.

Dans l’Église primitive, l’hospitalité était organisée au plan diocésain. Le chrétien étranger qui arrivait dans une ville était « joyeusement et franchement » accueilli par la communauté chrétienne tout entière sous la présidence de son chef, l’évêque, dont saint Paul, dans la 1ère épître à Timothée, dit qu’il doit être « hospitalier ». Mais les églises diocésaines se développant, l’évêque ne peut plus recevoir tout le monde. C’est alors qu’apparaît la mission du foyer chrétien : à lui de pratiquer ce ministère de l’hospitalité, comme délégué de la communauté chrétienne. « Rivalisez avec l’Église », conseillait à ses fidèles saint Jean Chrysostome. Comme il est regrettable que de nos jours les foyers chrétiens aient perdu de vue cette conception de l’hospitalité, qu’ils se sentent si peu chargés d’exercer l’hospitalité au nom de la communauté ecclésiale et de leur évêque.

Simple, vrai, joyeux, amoureux

Au point où nous en sommes, il y aurait lieu de réfléchir sur l’art d’accueillir au foyer chrétien, sur la manière de concilier la discrétion et le désir de faire partager sa foi, sur les vertus proprement chrétiennes qui doivent inspirer la pratique de l’hospitalité et s’y traduire. Il me faut me limiter. Je me contenterai de vous énumérer les qualités de l’hospitalité chrétienne telles que les voient les foyers de nos équipes qui, l’an dernier, ont répondu à l’enquête, préparatoire pour le Concile, sur l’apostolat du foyer. « Simple, vrai, joyeux et amoureux » tel, selon leurs propres termes, doit apparaître, doit être le foyer chrétien qui veut porter témoignage auprès de ses hôtes. La simplicité est ce qui peut le mieux faire comprendre à l’hôte qu’il n’est pas un étranger mais un ami, un frère. La joie : « Le foyer, écrit l’un de vous, doit témoigner d’une joie discrète ; donnant l’impression d’être acquise grâce aux efforts de tous et qui ne sera conservée que grâce aux efforts de tous. Ceux que la vie a frustrés de quelque bien ne seront alors pas jaloux de cette joie et en prendront leur part. » Ils en prendront leur part, et peut-être entreverront-ils à quelle Source cette joie s’alimente, et peut-être auront-ils envie de recourir eux-mêmes à la Source. Nombreux également nos correspondants qui soulignaient que les époux doivent témoigner de leur amour mutuel, âme du foyer. « Un foyer apôtre, écrit l’un d’eux, doit être un foyer amoureux ; c’est pour lui le seul moyen de faire envie. »

Avec regret je dois m’abstenir de répondre à la question : « Quel est le rôle de chacun des membres de la famille dans la pratique de l’hospitalité ? » Car, n’est-ce pas, il est bien entendu que chacun doit se sentir responsable de l’accueil. Faute de temps je me contenterai de souligner deux points.

— l’hôte peut avoir besoin de se confier plus spécialement à l’un des membres de la famille, le mari ou l’épouse, voire tel grand enfant. C’est le tort de certaines familles de ne pas savoir le comprendre et d’exclure les apartés. Je pense à tel prêtre qui aurait peut-être évité la catastrophe s’il avait pu s’ouvrir au mari de ce qu’il ne pouvait confier en présence de l’épouse ;

— je voudrais aussi vous inviter à initier très tôt vos enfants à cet art de l’hospitalité. Suivant les foyers chrétiens où l’on est reçu, on trouve chez les enfants une grande diversité dans la façon d’accueillir le visiteur. Il y a ceux qui sont polis, corrects mais tout autant indifférents : l’hôte, pour eux, est un étranger sans intérêt. Il y a ceux, au contraire, qui aiment l’hôte de toute leur spontanéité d’enfant, s’intéressent à lui et lui offrent un cœur ouvert. Heureux les enfants qui, dès leur jeune âge, ont été initiés à l’art d’accueillir !

J’étais sans gîte…

L’originalité de l’hospitalité chrétienne tient non seulement à ce qu’on fait pour l’hôte, mais à la façon dont il est considéré. Nous nous sommes longuement attardés au premier aspect. Il me faut maintenant vous inviter à réfléchir au second. Nous avons vu que dans la cité antique l’hôte était regardé comme un être sacré, que les tribus du désert l’accueillent comme un envoyé de Dieu, porteur de la baraka. Ce caractère mystérieux et sacré de l’hôte est bien plus accentué et plus défini encore pour les chrétiens. Ils savent que, pour une grande part, le jugement dernier portera sur l’hospitalité, car Jésus-Christ a dit (en Mt., 25, 35) : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’ai été sans gîte et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu. » — « Seigneur, quand t’avons-nous vu ayant faim ou soif, ou sans gîte, ou nu, et t’avons-nous assisté ? Il leur répondra : « En vérité je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait au moindre de mes frères que voici, c’est à moi que vous l’avez fait. » Aussi bien le foyer chrétien honore et sert en l’hôte le Christ lui-même. L’hôte est à ses yeux comme un « sacrement » par lequel Dieu lui transmet sa grâce. Je me suis toujours demandé si le petit Jean-Marie Vianney ne devait pas sa vocation, pour une part, à ce chemineau peu glorieux mais si humble et si saint que ses parents reçurent un jour sous leur toit : Benoît Labre.

Jésus-Christ ne cesse de venir parmi les siens, et « à tous ceux qui le reçoivent Il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». Ne convient-il pas de se rappeler cette phrase de saint Jean quand on parle de la pratique de l’hospitalité ?

Cette conception de l’hospitalité chrétienne que je viens de vous présenter serait incomplète si je ne vous parlais en une brève troisième partie de la symbolique de l’hospitalité. Dieu, vous le savez bien, par chaque être, par chaque réalité humaine, veut nous révéler quelque chose de son mystère. C’est ainsi que par les pères de la terre il nous parle de sa paternité, que par l’union conjugale il nous fait entrevoir l’union du Christ et de l’Église. La symbolique chrétienne nous apprend à déchiffrer dans les créatures le message divin dont elles sont porteuses. Qu’est-ce que l’hospitalité nous révèle du monde divin ? C’est ce qu’il nous reste à voir. […]

*

Je veux espérer que cette conférence vous a amenés à mesurer les grandeurs de ce que j’appelais au début « le ministère de l’hospitalité ». Et que vous et les foyers avec qui vous êtes en relations aurez à cœur de la pratiquer avec toujours plus de largesse.

Je vous laisse, en terminant, l’exemple de ce ménage qui devrait être le patron de l’hospitalité chrétienne : Aquila et Priscille. Ces tisserands juifs installés à Corinthe reçurent un jour la visite d’un de leurs compatriotes en quête de travail. Ils acceptèrent de l’embaucher, et leur nouvel ouvrier ne tarda pas à se faire connaître d’eux. C’était Paul, nouvellement arrivé dans le grand port cosmopolite et débauché. Leur ouvrier, leur hôte, devait devenir leur maître et père spirituel. À sa parole et à son exemple, ils se convertirent au Christ et ouvrirent leur maison aux néophytes de la grande cité. Quand Paul se rendit à Éphèse et plus tard à Rome, ils l’accompagnèrent. Et c’était toujours pour le même service : avoir maison ouverte où les nouveaux convertis se sentaient chez eux, où se célébrait l’Eucharistie. Je me plais à penser que la profonde intuition que Paul a eue des grandeurs du mariage a lentement mûri au cours des années qu’il passa chez les deux époux, ses amis et collaborateurs. N’est-ce pas dans le miroir de leur amour mutuel qu’il vit se refléter les épousailles du Christ et de l’Église ?

Aujourd’hui comme il y a vingt siècles, les prêtres ne peuvent se passer du concours des foyers : le prêtre, c’est le Christ qui va à la rencontre des hommes pour leur adresser le message du Seigneur ; le foyer, c’est l’Église qui accueille en son sein pour les protéger, les nourrir et les réjouir, ceux que la parole missionnaire a gagnés à Dieu.

Henri Caffarel,, L’Anneau d’Or, n° 104